Je ne sais pas vous mais moi j’ai l’impression qu’il manque comme un petit quelque chose au web sémantique tel qu’il est présenté aujourd’hui. Qu’il s’agisse du RDF ou des microformats, l’objectif est de normaliser les données afin que les sites web puissent communiquer entre eux. En soit, ce serait une très grande avancée, c’est comparable à l’invention de l’écriture si vous voulez, le web sémantique devenant une forme d’écriture pour les ordinateurs. Constatez l’importance qu’a eu l’écriture pour l’humanité et vous comprendrez mieux l’impuissance des ordinateurs qui n’en disposent pas encore aujourd’hui. Si un individu isolé ne vaut pas grande chose, il en va de même pour un ordinateur qui est dans l’incapacité de communiquer avec ses pairs. Imaginez les possibilités à venir, quand les ordinateurs seront capables de se “parler” les uns les autres grâce à l’écriture sémantique !
Mais finalement, il s’agit de transformer le “World Wide Web” (toile d’araignée mondiale) en “World Wide Database” (base de données mondiale). Ce serait déjà un grand pas si on pouvait en arriver là mais je crois qu’il est possible d’aller encore plus loin, cela dès maintenant, au delà du web sémantique on pourrait envisager d’aller directement vers le “Web Orienté Objet”. Inutile de rechercher cette terminologie sur un moteur de recherche, elle n’existe pas (encore). Cette idée saugrenue m’est venue alors que je réfléchissais à la manière de réaliser des réseaux sociaux décentralisés. J’ai imaginé des données voyageant d’une personne à l’autre grâce au mécanisme de “propagation” (lire mon précédent billet à ce sujet) et j’ai vu qu’il pourrait être intéressant d’attacher un certain nombre de fonctionnalités à ces données. Prenez les blogs par exemple, ils apportent généralement une fonction “commentaire” et il paraît intéressant que celle-ci soit accessible quelque soit l’endroit où les articles apparaissent, qu’il s’agisse du blog d’origine, d’un agrégateur RSS tel que Google Reader ou d’un réseau social. Considérez les articles des blogs comme des objets ubiquitaires composés à la fois de données (propriétés) et d’actions (méthodes) et vous commencerez à entrevoir ce que j’entends par “Web Orienté Objet”.
En somme, si le web sémantique vise à établir des standards pour différents types de données, le “Web Orienté Objet” ajoute la possibilité de normaliser un certain nombre d’actions. Au delà de la fonction “commentaire” applicable à quasiment tous les types d’objet, on peut imaginer de nombreuses autres actions possibles dont voici un échantillon qui me vient immédiatement à l’esprit : gestion collaborative des tags, système de vote “à la Digg“, fonction “traduction humaine”, mécanisme permettant de signaler les objets malveillants (contenus illégaux, spams, etc.), fonctions “acheter” ou “faire un don” pour rémunérer les auteurs des objets, etc. Toutes ces actions élémentaires devraient pouvoir être normalisées afin de permettre la portabilité des objets et l’interopérabilité des services. Quand on règle un achat dans un magasin, c’est pratique de pouvoir utiliser plusieurs cartes de paiement, qu’il s’agisse d’une carte Visa ou d’une American Express, l’appareil enregistrant les paiements devrait pouvoir fonctionner. De même, il semble intéressant de permettre l’interopérabilité des services de paiement en ligne, le client devrait pouvoir choisir à tout moment entre Paypal, Amazon FPS ou Google Checkout. Si cela semble relativement évident pour les services de paiement, il devrait en être de même pour de nombreux autres types de services plus ou moins universels tels que ceux évoqués plus haut : les commentaires, les tags, les traductions,… Par exemple, si la fonction “commentaire” de WordPress ne me convient pas, j’aimerais bien pouvoir utiliser celle de CoComment, ou tout autre service spécialisé dans la gestion des commentaires.
Il va de soit qu’on devrait tendre vers la plus grande interopérabilité possible mais il paraît néanmoins nécessaire de permettre aux auteurs des objets postés sur le web de 1) définir les actions possibles sur leurs objets, 2) maîtriser les services qui prendront en charge ces actions. Le créateur d’un objet “musique” autorisera une action permettant de recevoir des dons tout en refusant un service de donation spécifique, parce qu’il serait contraire à sa déontologie par exemple. À l’inverse, un auteur pourrait forcer l’utilisation d’un service de paiement en particulier, parce qu’il reverse un pourcentage des sommes versées à des oeuvres caritatives. En fait, cette liberté de choix devrait pouvoir s’exercer à plusieurs niveaux : 1) les auteurs des objets, 2) les services intermédiaires hébergeant les objets (réseaux sociaux, blogs, boutiques en ligne,…), 3) les personnes recevant les objets auront elles-mêmes accès à un choix d’actions et de services possibles, plus ou moins varié en fonction des choix effectués aux niveaux précédents.
Vous devriez maintenant avoir une petite idée de ce que j’entends par “Web Orienté Objet”, un concept allant plus loin que le web sémantique mais qui semble être, paradoxalement, plus facile à réaliser car débouchant immédiatement sur des applications concrètes et relativement simples à appréhender. Mais comment tout ça va bien pouvoir fonctionner ? Je ne saurais le dire précisément, tout ce que j’ai pour le moment c’est la vision globale d’un système permettant à des choses dématérialisées de se propager sur le web d’une manière qui va au delà de la forme, au delà de la sémantique, il s’agit d’un mélange puissant de données et d’actions donnant lieu à des objets capables d’une existence propre. Cela d’une façon qui soit la plus ouverte possible tout en garantissant au maximum les libertés pour les auteurs, les intermédiaires, et finalement les destinataires, vous et moi qui recevons et propageons les différents objets qui composent le web.
29 commentaires
Le “Web orienté objet” permettrait donc aux internautes de reprendre le contrôle d’Internet et de s’émanciper des grands sites communautaires propriétaires, tel MySpace ou Facebook ? Une sorte de révolution prolétarienne 3.0 ? Quelle belle évolution que la (ré)appropriation des divers outils (achat, réaction, propagation…) par les individus, mais comment simplifier l’interface pour la rendre conviviale et permettre une adoption massive ? En tout cas les bases sont là. Merci pour ces précieuses réflexions !
Vaste question que celle de l’interface… J’ai bien peur que cela entraîne à terme une évolution profonde des navigateurs web, quelque chose qui serait à la croisée des réseaux sociaux et des bases de données allant de Wikipédia à Amazon. Mais c’est un autre sujet !
L’idée me semble claire.
Par contre, je ne vois pas en quoi les normes du web sémantique n’apporteraient pas les cas d’usage que tu donnes en exemple :
- Avec une URI, une ressource est identifiée et elle a ce don d’ubiquité que tu évoques.
- Avec RDF, ses relations avec les autres ressources sont précisées (”faire un commentaire” par exemple)
- Et avec OWl des régles d’inférence permettent l’automatisation et la propagation d’états.
J’ai l’impression que ce qui *bloque* c’est que, dans les exemple que tu donnes, tu imagines faire des choses qui n’ont pas été prévues dans les choix des propriétés de ressources modélisées (payer avec tel service plutôt qu’avec tel autre). Tu peux certes ajouter ses nouvelles options au modèle (à l’objet dans ton langage) mais se ne sera plus CE modèle mais TON modèle (en clair tu n’arrivera pas à payer avec le service de ton choix si c’est pas prévu).
Enfin, ce que tu cherches est peut-être plus dans les interfaces d’interaction avec les ressources que dans les normes sous-jacentes prônées par le Web Sémantique. En ce sens il est vrai que ce dont à besoin le Web sémantique c’est certes de Data en RDF mais aussi des interfaces conviviales pour utiliser ces datas (RDF browser, RDF RIA, etc.). Cf. Twine.
Merci Christian pour ton commentaire ! Comme toi, j’ai cru qu’on pouvait tout faire avec le trio URI, RDF et OWL, mais tout s’est écroulé dès que je me suis demandé comment réaliser de véritables applications décentralisées sur le web. Comment ouvrir Facebook par exemple ? Ou comment s’accommoder de la position de Google qui affirme vouloir faire en sorte que la “plate-forme” soit le web lui-même et non pas une solution fermée et propriétaire ? Le concept de plate-forme recouvre à la fois des données et des traitements, où sont les traitements dans ce que tu as évoqué ? Non, il ne s’agit pas d’interfaces mais bel et bien de traitements. En décrivant le monde comme un ensemble de données (RDF) et de concepts (OWL), tu oublies le facteur temps qui permet aux choses de se mouvoir (de “vivre”), autrement dit il est nécessaire d’avoir une panoplie d’actions possibles (ou services) attachées aux données, actions qui mises bout à bout nous conduisent tout droit vers le concept de plate-forme (ou “méta-outils”). Finalement, le “Web of Data” dont tu parles permet de créer la “World Wide Database”, alors que mon projet avec un “Web of Objects”, nous amène à une sorte de “World Wide Application” permettant la portabilité des données d’un côté et l’interopérabilité des services de l’autre.
Ce qui me semble intéressant, c’est la possibilité d’avoir des objets “complexes”, pouvoir lier obligatoirement certains objets à d’autres.
Pour un objet musique par exemple, lier un fichier “infos créateurs, type de license, type de commercialisation” et donc autoriser tel type de paiement etc…
Réintroduire et éduquer les internautes sur la notion de copyright, de propriété intellectuelle, propiété de l’objet en fait, notions floues voire absente chez bon nombre d’utilisateurs du web.
Distinguer l’original de la copie etc…
Techniquement est-ce possible ?
Philosophiquement c’est intéressant
C’est très juste Alex, tu mets le doigt sur une conséquence très intéressante ! Grâce aux liens retour (voir mon premier billet) et aux actions associées, le web devrait légèrement changer de nature, entraînant une modification de l’éthique sous-jacente. Le web tel que je l’envisage devrait permettre un recentrage des choses, on passerait en quelque sorte d’un web “anarchique” à un web “centriste” (ou responsable). On devrait être en mesure de mieux maîtriser les données qui composent la toile et les concepts “d’identité numérique” et de “véracité de l’information” pourraient alors véritablement décoller. Mais entendons nous bien, cela n’empêchera pas au web “underground” de continuer à exister, il y aura toujours des “mondes parallèles”. Et bien au contraire, ces derniers seront d’autant plus puissants qu’ils s’appuieront eux-mêmes sur les principes du Web Orienté Objet. En revanche, et je crois que c’est plutôt une bonne nouvelle, on devrait être capable de mieux différencier ce qui est dans le monde “underground” et ce qui appartient au monde “officiel”‘. Pour répondre à ta dernière interrogation, “est-ce techniquement possible ?”, je crois sérieusement que oui, il est possible de révolutionner le web dès demain et j’espère pouvoir expliquer bientôt comment s’y prendre. Le mot clé est “bootstrapping”. Stay tuned!
Bon, je comprends pas : j’ai mis trois fois un commentaire qui n’apparaît pas …
Christian, bizarrement ton nouveau commentaire est passé en spam (via Akismet). Je le repêche donc ici : « Aurélien donne les bonnes pistes et évoque un projet de “graphe social” décentralisé, ouvert et libre : http://blogpro.toutantic.net/2007/10/13/de-lopen-source-a-lopen-data/ ». Je ne peux que répondre la même chose que pour ton premier commentaire, je suis bien d’accord qu’un graphe social se matérialise au final par des données, mais les données ne se créent pas toutes seules… Il faut un certain nombre d’actions (traitements, fonctions, méthodes, processus, services, ce que tu veux) pour permettre aux utilisateurs de créer, modifier et supprimer des données. Par exemple, il serait intéressant de normaliser la fonction permettant d’ajouter un contact à notre réseau social, ça pourrait prendre la forme d’une action attachée à un objet de type OpenID, cela pourrait donner quelque chose du style “Follow(OpenID du contact à suivre)”. Tu me répondras peut-être qu’on n’a pas besoin d’une fonction pour ça, le cas étant tellement simple, il suffit d’ajouter un microformat XFN quelque part et le tour est joué. Alors comme ça tu accèdes aux propriétés des objets directement, sans passer par des fonctions (”accessors”) ? ’spèce de saligot va ! :-p La programmation orienté objet nous a enseigné un certain nombre de bonnes pratiques qu’il serait peut-être temps d’appliquer au web. Autrement dit, pourquoi vouloir transformer le web en une base de données relationnelle alors qu’on pourrait aller directement vers une base de données orientée objet ?
Il n’y a pas à déshabiller d’un côté pour habiller de l’autre. Pourquoi pas en effet une orientation objet, ça n’empêche pas que la “Database” doit être mise en place avant. En effet on peut imaginer qu’un même service web puisse s’exprimer si l’on peut dire avec plusieurs objets qui vont chercher les mêmes données parfois. Par exemple (simple, rapide) mon commentaire pourrait être un objet pour moi auquel serait rattaché ton article, pour toi ce serait l’inverse. Dit comme ça ça ne change pas grand chose mais dès qu’on fait rentrer les objets discussion, correspondance, relation, identité… ça change tout.
“Par exemple, il serait intéressant de normaliser la fonction permettant d’ajouter un contact à notre réseau social” Non (enfin ça dépend de ce que tu veux dire mais d’après ce que je comprends je ne suis pas d’accord). Il serait intéressant que le réseau social sur internet se construise par la relation réelle et non l’inscription a priori dans un comportement. Dans un échange social dans la vie réelle on ne reconnait pas la personne partout ou elle passe mais uniquement dans un certain cadre (d’abord la rencontre, puis l’interaction, et enfin le référencement d’une succession d’interactions). Le spam relationnel sera suffisamment problématique comme ça quand nous serons tous toujours connectés avec des références dans tous les sens. Je ne parle pas ici du caractère privé des données ou d’un big-brother éventuel, simplement de la dynamique de sociabilité.
L’intérêt d’une base relationnelle c’est que les informations peuvent avoir un sens entre elles, l’intérêt des objets c’est que les informations peuvent avoir un sens pour des humains. Les modélisations ne sont pas les mêmes et ce n’est pas un mal. Il faut bien comprendre qu’aucune modélisation ne pourra embrasser la réalité. Au sujet de la réification il ne s’agit pas d’un problème de granularité mais du biais cognitif qu’elle implique nécessairement.
Vive les objets! Mais pas forcément que eux.
Merci Ropib pour ton commentaire. Ton approche du réseau social est intéressante, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, je vais y réfléchir d’avantage mais j’ai peur que ton idée soit carrément folle ! En effet, dans le monde réel, nos relations sociales sont souvent informelle, aléatoire, il n’y a pas d’inscription à priori comme tu l’as dit. Mais que fais-tu du carnet d’adresses ? Qu’il s’agisse d’une version papier ou électronique (dans les téléphones mobile par exemple), il s’agit de quelque chose de bien réel, répondant à un vrai besoin. Le réseau social que j’envisage ne s’appuie pas sur autre chose qu’un carnet d’adresses. Concernant l’idée d’avoir à la fois des objets et une approche “pure data”, je ne peux qu’être d’accord, à la base y a les données, les actions ne sont qu’optionnelles, elles viennent “par dessus”, dans un second temps. Enfin, tu termines ton commentaire sur l’idée qu’il est illusoir de vouloir tout modéliser parfaitement, effectivement cela semble être une quête sans fin vers un absolu qui n’est pas à notre portée. Tu mentionnes aussi le fait que la granularité ne suffit pas, ce point de vue est très intéressant, pourrais-tu le développer un peu plus stp ?
Je pense que le problème de la réification de la réalité ne se pose que dans une petite mesure en terme de granularité. C’est à dire que c’est pratique… bon qu’est-ce que la réalité, y a-t-il quelque chose qui existe en dehors de tout observateur et de toute transmission d’une observation ? On n’est pas obligé d’aller si loin dans la prise de tête.
Il fut un temps j’avais pensé à la chose comme objet probabiliste ; plus d’héritage, plus de composition, plus de relation mais quelque chose entre ces trois-là et qui autorise des points de vue mouvants ou des mutations. Je n’ai pas été très loin, avant tout parce que je pense que la réification est ce qu’il y a de plus utile (point de vue utilitariste, l’informatique est un outil pour faire et non pour décrire), en tous cas pour l’instant.
Bravo à tous et à Manuel pour son post.
Ce qui me vient quand je vous lis, c’est d’une part que l’on construit chacun sa propre réalité en fonction de plein de choses (ses parents, ses expériences, ses amis…). En plus, on s’accorde avec des groupes plus ou moins étendus sur un certain nombre de choses (couleurs, formes sont reliées au groupe “monde occidental”, liberté égalité fraternité au groupe “français”, tour eiffel, métro au groupe “parisiens”….). Au total, la réalité peut se définir comme les interactions entre l’observateur et des systèmes complexes (objectivité entre parenthèses). Jusque là rien de bien neuf. En plus elle évolue constamment. Bon OK. Maturana et Varela indiquent qu’il y a une seconde manière de construire la réalité : celle qui pose à un moment donné une explication non discutable (Dieu, la Nature, le Big-Bang…) et à partir de laquelle tout s’explique logiquement ensuite (objectivité sans parenthèses). Les deux manières sont aussi valables et se complètent.
Apparaît alors la question de la modélisation qui pour fonctionner doit abstraire de ma réalité à moi les choses communes à un groupe. Il me semble qu’alors, l’une des manières efficaces de faire soit de se mettre d’accord sur le processus, c’est à dire la manière de réaliser cette modélisation. Je crois qu’aujourd’hui, le web sémantique ou les autres réflexions sur le sujet parlent autour et à propos des processus (les manières de faire) à mettre en oeuvre pour construire une réalité commune. Je pense que les limites actuelles de ces réflexions réside dans le fait d’utiliser des processus techniques (les standards, normes et autres) pour gérer des processus complexes (ma réalité et celle de toutes les personnes de cette terre). Cela ne correspond pas.
C’est le problème de toute modélisation que simplifier la complexité. La question est de le faire de suffisamment manière légitime pour que les personnes s’y retrouvent. Franchement, on a jamais fait cela: demander à un paysan africain, un chinois, un américain moyen et un plombier polonais de définir ce qu’ils ont en commun, c’est l’invitation du web “sémantique” ou “orienté objet” ou complexe, cognitif…
Après, les datas du web auront un sens puisqu’elles prendront corps à partir d’un cadre de référence commun. Il peut être diversifié comme le sont par exemple les distro linux qui sont à la fois communes et différentes.
On voit bien que des questions essentielles autour de l’identité, de la liberté et d’autres notions sont à creuser dans le web du futur. Ces questions ne sont pas contournables pour utiliser les datas du web. Elles contribuent à former un cadre de référence commun qui n’est pas donné d’emblée. Il peut être proposé un processus pour le réaliser. Comme demander, bon comment feriez vous pour … ?
Ropib, je suis bien content de voir que malgré ton champ de vision très large tu es finalement revenu à un système de modélisation objet. Mais que cela ne te décourage surtout pas de continuer à chercher des alternatives ! J’ai moi-même envisagé les choses les plus folles et je ne laisse pas tomber, j’y pense tous les jours en fait. Regarde ce schéma par exemple : http://www.3base.com/mvila/images/graph.gif. Mon objectif était de réinventer les bases de données, le pire c’est que je suis arriver à développer une solution en ligne réelle qui fonctionne, le seul problème c’est qu’elle est horriblement lente car il est nécessaire de faire pas moins de 30 requêtes pour afficher la moindre information…
Merci Swimmer21 pour ton intervention, il est vrai que ça manquait un peu de philosophie par ici !
Je suis bien d’accord avec toi quand tu évoques des réalités multiples car dépendantes du contexte de chacun. Mais il faut bien comprendre que l’intéropérabilité dont j’ai parlé doit être considérée comme une tendance, un cheminement, et non un postulat de départ. Logiquement, le système que j’ai en tête devrait pouvoir tout permettre, à la fois la norme et l’exception. On devrait même voir apparaître plusieurs normes concurrentes, visant à modéliser les mêmes choses mais avec des approches différentes. Et si une convergence doit avoir lieu, j’espère bien qu’elle proviendra du principe de sélection naturelle, tout comme ce qui se passe dans le monde des logiciels libres.
Je ne saurais trop dire pour le web sémantique… Par contre pour le réseau social il faut revenir à la relation: ce que ça veut dire. Dans la réalité il y a la carte de visite professionnelle qui propose un cadre, professionnel, et le contact personnel dans le carnet d’adresses qui est donné sous conditions (explicites ou implicites mais tout à fait maîtrisées par chaque partie) et qui reste tout autant cadré. En fait ce qui est enregistré dans le carnet d’adresse c’est un moyen d’interruption. L’internet n’est pas interruptif, il est immersif.
Je milite pour la conceptualisation d’un intercut qui ne soit pas limité à de la voix (VOIP) ou de simples immitations (IM) qui s’occupe de cette interruption mais bref. Au sujet du réseau social il se construit sur des relations. Certes on peut associer des moyens d’interruption (simple protocole) à une relation mais ce sont des choses différentes. Je crois qu’il est possible, car nous le faisons naturellement, de référencer les interactions sans prendre en compte le média (blog, site de rencontre…). Ce qui manque en revanche c’est le moyen de reconnaissance car le login, l’adresse IP… sont des caractéristiques trop intrusives (je ne demande pas la carte d’identité de mes potes, si ça se trouve ils m’ont toujours menti sur leur véritable identification nationale, je m’en moque complètement). De même l’espace de partage n’est pas à définir a priori mais se construit. Je sais bien que c’est fastidieux et on se demande alors si ces processus sont automatisables, je pense que oui. Mais lorsque absolument tout sera en ligne une multitude d’informations sur chaque personne sera difficile à gérer de manière pertinente, il va falloir filtrer, et bien.
Un chinois et un américain vont ainsi négocier un protocole de communication afin d’interagir, puis s’ils le souhaitent vont référencer tout ce schmilblick. C’est rapide parce que l’humain est compétent, mais les processus mis en jeu sont en effet complexes. Pour créer un réseau social il faut se demander pourquoi on référence ou non telle ou telle interaction. La réponse de la niche utilitaire, comme LinkedIn qui ne donne qu’un cadre professionnel a priori mais s’étend quand même de manière scabreuse, n’est pas la bonne. Il y a bien sûr une idée de prospective mais elle est construite elle aussi sur la rencontre toujours liée à une certaine sérendipité.
Cela rejoint un peu l’idée de réification totale et la “réalité” dont parle swimmer21. Il y a la réalité qui en fait est un consensus sur le cadre de la relation avec un nombre limités d’informations pertinentes ainsi qu’un nombre limités d’informations transmiscibles et cette “réalité” (je préfère le terme paysage) qui a une nature fractale et dont toute réification ne peut être qu’arbitraire. C’est ce paysage qui est la cause de la sérendipité et de la rencontre. Borges, dans Funes, parle d’un homme capable d’avoir accès consciemment à tous les aspects d’un paysage mais qui, du coup, en devient incapable de toute relation car privé d’émotion.
Le système, en gros, doit être plus large que ce qui est rendu perceptible à l’utilisateur.
C’est un peu flou… j’ai pas eu le temps de relire à tête reposée. :s
Merci, merci, j’apprends même des nouveaux mots ! “Sérendipité”, je l’avais déjà croisé mais cette fois ci je crois que je vais le retenir, quel formidable concept ! Ropib, as-tu eu l’occasion de lire mon avant avant dernier billet à propos des réseaux sociaux ? Je t’invite à le faire si ce n’est pas le cas, tu devrais logiquement y trouver la sérendipité que tu recherches. Le réseau social que j’ai en tête n’est pas du tout fermé, bien au contraire, les informations et les rencontres peuvent provenir de n’importe où, peut-être même encore plus que dans le monde matériel !
@Manuel
Oui j’ai commencé à lire ton blog… faut me laisser le temps
Je viens de trouver ça sinon: http://www.internetactu.net/?p=7363
@ropib: Article très intéressant en effet, j’ai posté ma réaction là-bas : http://www.internetactu.net/?p=7363#comment-548425
Mon propos était peut-être plus général – http://www.internetactu.net/?p=7265 -, mais on ressent dans ce que tu dis, un questionnement de fond sur la portabilité des données, qui n’est pas sans rejoindre beaucoup de questionnements actuels.
A voir : The Web disribute Object realized ! : http://www.slideshare.net/StuC/oopsla-2007-the-web-distributed-objects-realized/
Merci Christian, superbe lien ! je vais examiner ça de très très près…
@Hubert : J’ai déjà eu l’occasion de lire ton article Demain, l’intelligence des données, je l’avais trouvé véritablement passionnant et je viens de le relire pour bien m’en imprégner. Cela m’amène à une question qui reste pour moi un vrai mystère, pourquoi si peu de gens s’intéressent à l’éthique du web (ou de la technologie en général), à commencer par ceux qui le construisent ? Les hyper-outils qu’on est train de développer sont “éthiquement orientés” et influencent grandement la vie de tout un chacun. Il y a des choix lourds de conséquences, prenons le cas des “liens retour” par exemple, le fait d’en disposer nous permettrait de conserver la maîtrise des liens s’établissant entre les informations. Aujourd’hui, avec des liens à sens unique, on ne peut rien garantir, on nage en pleine anarchie. S’agissant de liens entre des pages web, ça ne porte pas énormément à conséquence, mais essayons donc d’imaginer ce que ça donnera avec le web sémantique quand les liens permettront d’établir des relations entre des données, j’ai bien peur que l’utopie anarchiste ne tienne plus dans ce contexte.
@Christian : J’ai examiné les slides que tu as indiqué et je n’ai pas trouvé le “Web Orienté Objet” que j’ai en tête, ou alors je n’ai rien pigé… J’y ai vu un “Web of Resources” s’appuyant sur le concept RESTful, certes très intéressant et allant au delà du web sémantique, mais limité à la couche “Modèle” du paradigme MVC (Modèle-Vue-Contrôleur). Les objets que j’entends faire circuler sur le web sont encore plus riches, ils sont constitués des trois couches du MVC, c’est des mini-applications dotées d’une interface graphique et capables de réagir aux interactions des gens. Appelons ça des objets, des widgets, des gadgets, des badges ou que s’ai-je encore. C’est comme le HTML qu’on copie/colle pour placer une vidéo dans un blog si tu veux, mais en beaucoup plus puissant puisqu’on aurait affaire à de véritables objets composés de données et d’actions.
“Comment ouvrir Facebook par exemple ?”
La réponse est dans la question
: en “ouvrant” ses données. Non pas avec une n-ième API propriétaire, obligeant les développeurs à se l’approprier, mais avec les technos du Web Sémantique comme le souligne Christian. Si toutes les données sont disponibles et formalisées en RDF avec des vocabulaires “de référence” pour ce type de site (FOAF, SIOC, …) plus besoin de se poser la question de comment les agréger.
De plus, en supposant une utilisation généralisée d’OpenID couplée à FAOF, l’identification des identités utilisateurs entre sites se fait naturellement.
A partir de là, chacun fait ce qu’il veut des données, quand et comme bon lui semble.
Décidément, je crois qu’il y a un gros problème de compréhension. @Alex : tu commences ton commentaire en parlant d’un monde de données pures (RDF, microformats, etc.) et tu termines par mentionner OpenID qui n’est pas un standard de données mais bel et bien un processus, un protocole, une API, une méthode, une action, une fonction, un traitement, une procédure, un comportement, ou tout ce que tu veux mais sûrement pas de simples données. Mon projet ne consiste pas à ajouter une API propriétaire (où as-tu vu ça dans mon article ?) mais à créer un protocole standard, quelque chose situé au dessus du HTTP qui est lui aussi un protocole utile au web sémantique mais largement insuffisant. Comme je disais à Christian, les données et les processus (via des API *ouverte* et *normalisée*) n’ont pas à être antinomiques, au contraire, les deux sont fortement utiles, complémentaires et nécessaires. Par exemple, sans REST (qui est bel est bien de l’ordre du protocole) le web sémantique ne peut pas marcher et REST n’est qu’un embryon de ce qu’on pourrait faire dans la normalisation des processus. L’objectif à long terme pouvant être le Web Orienté Objet, quelque chose de totalement ouvert mais que vous persistez (je me demande bien pourquoi) à vouloir enfermer…
En parlant d’APIs propriétaires, je ne mentionnais pas à ton article, mais a ta question sur l’ouverture des données de façon générale. Et pour ce qui est d’OpenID, je prenais cet exemple et ses liens avec FOAF comme une façon simple pour pouvoir s’identifier (au sens identification via une URI, pas authentification) de façon unique au sein des différents contenus RDF produits par différents services.
Mais j’ai l’impression que l’incompréhension vient du fait que tu t’intéresse à la manipulation de données alors que je pense à leur formalisation et mise à disposition. Pour ton exemple de commentaires WP, tu réflechis via ton idée de WOO à comment faire pour remplacer simplement un système qui capture et affiche des commentaires par un autre, alors que le WS va d’abord s’intéresser à comment modéliser ces commentaires pour qu’ils soient produits et consommable par n’importe quel outil manipulant RDF et connaissant le vocabulaire utilisé pour les définir. Après en effet, tu peux imaginer que tous les outils de gestion de commentaires reposent sur ce vocabulaire, ce qui te permet de plugger facilement tes briques logicielles ou tu veux, comme SIOC le fait avec ses plugins d’import / export, qui te permettent de conserver tes données et de passer par exemple de B2Evo à WP.
C’est dans cette optique que tu vois le WOO ?
En effet, les données ne suffisent pas, je crois qu’il faut en plus normaliser quelques processus fondamentaux comme le mécanisme d’abonnement, l’idée du Pingback pour actualiser les datahubs et autres datastores, ou encore quelque chose permettant de faciliter la propagation de l’information (entre autres fonctions) à travers les réseaux sociaux.
Que faire de données sémantiques si on ne dispose pas d’un certain nombre de processus normalisés ? Le web sémantique pourrait-il exister sans HTTP, REST, OpenID ou SPARQL ? N’a-t-on pas là des choses qui sont de l’ordre du processus (ou du protocole si vous préférez) et pensez-vous que la liste doive s’arrêter là ?
Hello webmaster
I would like to share with you a link to your site
write me here preonrelt@mail.ru
3 Trackbacks/Pingbacks
[...] is a translation of the article “Le Web Orienté Objet” originally written in French. This entry was written by Manuel Vila and posted on [...]
[...] Manuel Vila’s related vision of an object-oriented web as opposed to the Semantic Web (aussi en Francais [...]
[...] Sauter la navigation « Le Web Orienté Objet [...]