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Les communicateurs web - Deuxième partie

Au centre des communicateurs web, il y a le concept d’identité numérique. Que l’on utilise un ordinateur, un livre électronique, un iPhone, un téléviseur ou même le tableau de bord d’une voiture, on pourrait retrouver un communicateur fonctionnant plus ou moins de la même manière et démarrant toujours par un processus d’identification. Remarquez que le web actuel nous a déjà habitué à cela, certes pas de la meilleure façon, la majorité des sites proposant la création d’un compte spécifique, nous forçant ainsi à multiplier les identités, jusqu’à l’absurde. La solution la plus élégante, bien entendu, consisterait à avoir une identité centrale sur laquelle tous les sites puissent s’appuyer. C’est d’ailleurs la direction prise par de nombreux acteurs avec le projet OpenID, mais je crois qu’on peut aller encore plus loin en plaçant la notion d’identité numérique au coeur des communicateurs.

Au départ, il nous sera donc demandé de nous identifier, on pourra choisir une identité existante ou en créer une nouvelle. Le communicateur affichera alors notre espace personnel, un espace qu’on pourra personnaliser à volonté en y ajoutant toutes sortes de choses, un espace qui nous servira aussi de point de départ vers le reste du web et vers les autres. Typiquement, on y ajoutera des choses créées par nous ou par d’autres, des choses que l’on aime ou qu’au contraire on n’aime pas du tout et que l’on souhaite faire savoir. On pourra également ajouter nos sites préférés mais aussi nos amis et personnes avec qui nous souhaitons rester en contact. Ainsi, on construira peu à peu une représentation publique de nous-mêmes, donnant corps à notre identité numérique. Mais cela va de soi, notre espace pourra également comporter des parties privées afin de conserver des choses personnelles que l’on ne souhaite pas partager. Enfin, il sera envisageable de créer des espaces collectifs, appartenant à plusieurs personnes autorisées à les modifier, ou même appartenant à tous, à la manière des wikis.

Dans les communicateurs, le concept de page disparaît au profit d’objets permettant de représenter tout ce qu’il est possible d’imaginer : vidéo, image, musique, livre, texte, commentaire, calendrier, événement, entreprise, produit, personne, facture, paiement… tout-ce-que-vous-voulez peut devenir un objet. Aujourd’hui, on trouve des sites spécialisés dans un ou plusieurs types d’objets, par exemple, YouTube propose des vidéos, Flickr des images, WordPress propose des objets de type blogs, articles et commentaires, Amazon propose des livres, des bons de commande, des factures, etc. Tous ces objets sont formidables mais ils ont un gros défaut, ils sont enfermés dans les sites dans lesquels ils sont créés. C’est comme s’ils n’avaient pas d’existence propre, ils ont bien du mal à apparaître ailleurs que sur leur plate-forme d’origine, et les rares fois où ils le font, c’est généralement sous une forme très limitée (les fameux widgets). Les communicateurs proposent une logique totalement inverse en plaçant les objets au centre (tout comme l’identité numérique). Les sites tels qu’on les connaît aujourd’hui demeureront mais leur raison d’être principale devrait être de proposer des objets autonomes, capables d’échapper à leur contexte initial, se matérialisant partout où on le désire.

Je ne veux pas trop m’avancer dans la description d’une interface graphique mais j’imagine aisément une sorte de Dock en bas de l’écran dans lequel on pourrait placer toutes sortes d’objets types qu’il suffirait de glisser/déposer afin de les mettre en oeuvre où l’on veut. Par exemple, pour ajouter un commentaire à un article de blog, il suffirait de déposer un objet “texte” sur l’article en question, si on préfère faire un commentaire vidéo, libre à nous d’utiliser un objet “vidéo”, et encore mieux, on pourra déposer un objet “paiement” pour effectuer un don à l’auteur du blog ! Bien entendu, le propriétaire d’un objet (l’auteur du blog dans notre exemple) pourra refuser certaines associations avec d’autres objets. Soit globalement, il refusera par exemple tous les commentaires vidéos s’il ne les aime pas, soit au cas par cas, en rejetant un commentaire spécifique qu’il jugerait inapproprié.

En somme, si un objet est un contenu, c’est également un contenant susceptible de recevoir d’autres objets, des objets créés par d’autres. C’est un pas supplémentaire vers l’ouverture et vers la transparence, c’est une généralisation du web collaboratif, tout objet pouvant donner naissance à d’autres, leur offrant une visibilité et une accessibilité immédiate. Prenez un objet très populaire comme le dernier tube d’un groupe à la mode et imaginez que tout un chacun puisse poster des choses juste en dessous, ou pas très loin, à un ou deux clics de distance. On trouvera toutes sortes de commentaires, mais aussi des clips, des remix, des articles, des soirées organisées par des fans, des produits dérivés, etc. Bref, à partir d’un objet c’est tout un monde qui émerge, chaque objet ayant le potentiel d’engendrer un nouvel univers !

Le web nous a habitué à aller chercher nous-même l’information (”pull”), les communicateurs perpétueront cette tradition mais ils apporteront également un mécanisme de souscription permettant à l’information de venir à nous automatiquement (”push”). Aujourd’hui, on trouve déjà une telle mécanique à l’oeuvre grâce aux agrégateurs de flux Atom/RSS et les communicateurs généraliseront cette idée en devenant des sortes d’hyper-agrégateurs. Il sera possible de s’abonner à tout objet que l’on souhaite suivre : un blog, une série TV, un championnat sportif, un fil d’actualité, les résultats scolaires de nos enfants, etc.

Mais un communicateur digne de ce nom se doit de proposer également un système de messagerie de personne à personne pour remplacer notre courrier électronique déjà vieillissant. Comment améliorer les choses en ce domaine ? À quoi ressemblera l’e-mail 2.0 ? Tout d’abord, je propose une solution radicale pour résoudre définitivement le problème du spam, il s’agit d’interdire les mailings, ni plus ni moins. Il faudrait donc limiter l’usage de la messagerie aux messages personnels, composés et envoyés par de vraies personnes et non par des robots, le fait d’être une véritable personne pouvant être vérifié au cas par cas, grâce à une CAPTCHA demandée par le destinataire du message. Mais vous me répondrez peut-être que les robots aussi sont parfois amenés à nous envoyer des messages utiles. Ils nous signalent par exemple l’existence d’une nouvelle version d’un logiciel qu’on utilise, ou bien ils nous préviennent qu’un nom de domaine en notre possession va bientôt expirer. Mais quel que soit le cas de figure, on peut voir qu’il y a toujours une action préalable (un achat dans notre exemple) conduisant à une forme d’abonnement à quelque chose (suivi sur le produit acheté). On peut donc envisager de s’appuyer sur le mécanisme de souscription mentionné au paragraphe précédent pour recevoir de tels messages. Des messages pouvant cette fois être envoyés automatiquement par des robots autorisés, grâce à une souscription qu’on aura soi-même demandée et qu’on pourra donc annuler à tout moment.

Enfin, une dernière idée me semble importante, c’est la possibilité d’adresser des messages aux objets en plus des personnes. On a vu plus haut qu’il était possible d’ajouter des objets un peu partout, y compris à l’intérieur des objets ne nous appartement pas, il s’agissait alors d’objets publics, les commentaires d’un blog par exemple. Mais il est tout à fait envisageable de pouvoir également ajouter des objets privés, visibles par nous et par le possesseur de l’objet destinataire. Or, un objet visible par deux personnes ressemble étrangement à un message vous ne trouvez pas ? C’est en tout cas ainsi que fonctionnera la messagerie intégrée aux communicateurs, il sera possible de déposer des messages sur n’importe quel objet ! Pour répondre à une offre d’emploi, on déposera par exemple notre CV directement sur l’offre concernée, pour poser une question à propos d’un produit, il suffira de déposer notre message sur ledit produit.

Tout cela est passionnant mais je dois malheureusement m’arrêter ici sous peine de faire fuir même les plus courageux de mes lecteurs. Je reviendrai bientôt (pas après six mois c’est promis !) pour écrire la troisième, et vraisemblablement, la dernière partie de l’introduction aux communicateurs. J’aborderai alors les dimensions géographiques et temporelles du nouveau web et j’espère avoir également l’occasion de vous parler de l’architecture technique, très orientée P2P, sur laquelle les communicateurs s’appuieront pour fonctionner.

Un commentaire

  1. Publié 25 juin 2008 à 16:07 | Permalien

    Ce que tu proposes est très intéressant.

    Pourquoi ne pas considérer les utilisateurs eux-mêmes comme des objets ? (ou du moins les comptes utilisateurs). Au niveau de l’appartenance, on considère les utilisateurs comme des conteneurs comme les autres, pouvant recevoir du contenu.

    D’autres part, pour la gestion des droits, c’est simple : le conteneur a tous les droits sur ce qu’il contient, et en cascade sur tout ce que contient ce contenu. Reste à voir dans quelle mesure l’émetteur (un autre objet) peut garder un contrôle sur ce qu’il a envoyé au conteneur.

    La question que je me pose, c’est : où est hébergé le contenu d’un conteneur ? Je vois ça ainsi :

    l’objet A est hébergé sur le site aaa.com

    un objet B est créé sur le site bbb.com, et est agrégé à l’objet A. B est toujours hébergé chez bbb.com, mais A reçoit le message d’agrégation, et ajoute B sur sa liste de contenu.

    Après quoi, il suffit à A d’enlever B de ce flux d’agrégation pour s’affranchir de B.

    Cela introduit cependant un principe : rien n’est jamais acquis, B peut à tout moment disparaître. Il faut donc envisager la possibilité de “donner” un objet, par exemple en le dupliquant (ou en le déplaçant ?)

    Bref, des interrogations demeurent, mais c’est intéressant en tout cas. Continue la réflexion !

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